
La préparation mentale au cœur de la performance : rencontre avec Jean-Pascal Cabrera
La préparation mentale signifie optimiser les facteurs psychologiques de la performance humaine. À l’occasion d’une formation auprès des enseignants, nous avons rencontré Jean-Pascal Cabrera, expert fédéral en préparation mentale, qui a notamment suivi les équipes de France pour préparer des échéances internationales et accompagné Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe 2024-2025.
La préparation mentale signifie optimiser les facteurs psychologiques de la performance humaine. À l’occasion d’une formation auprès des enseignants, nous avons rencontré Jean-Pascal Cabrera, expert fédéral en préparation mentale, qui a notamment suivi les équipes de France pour préparer des échéances internationales et accompagné Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe 2024-2025.
Il nous a expliqué comment la préparation mentale peut faire toute la différence dans la performance des sportifs de haut niveau mais aussi l’importance de la développer auprès des cavaliers de club. Rencontre.
“Pour tirer le meilleur d’un comportement humain, il y a un vrai travail mental à faire”
“Pour tirer le meilleur d’un comportement humain, il y a un vrai travail mental à faire”
En 2025, la préparation mentale est-elle devenue un facteur indispensable dans la réussite à haut niveau ?
La préparation mentale se définit comme la préparation à une échéance particulière par l’apprentissage de techniques mentales et cognitives dont le but est d’optimiser la performance. Elle a toujours été un élément essentiel dans la réussite des sportifs de haut niveau même si, historiquement, c’est un facteur qui était un peu oublié. Aujourd’hui, nous avons compris que pour tirer le meilleur d’un comportement humain, il y a un vrai travail mental à faire.
Vous avez suivi à plusieurs reprises des équipes de France d’équitation pour préparer des échéances internationales…
J’ai travaillé pour la première fois avec la Fédération Française d’Équitation à l’occasion des Jeux équestres mondiaux de Caen en 2014 où j’étais chargé de préparer l’équipe de France de voltige. Les résultats ont été plutôt positifs avec une médaille d’or en individuel pour Jacques Ferrari et une médaille de bronze par équipes. C’était un beau challenge ! J’ai à nouveau accompagné l’équipe de France lors des championnats du monde de voltige au Mans en 2016 où elle a été sacrée championne du monde. J’ai suivi l’équipe de France de para-dressage aux Jeux paralympiques de Rio en 2016, puis l’équipe de France de dressage aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Parallèlement, j’ai toujours eu cette fibre de transmettre mes connaissances. J’interviens au sein de la FFE en tant qu’expert fédéral pour former des enseignants d’équitation, entraîneurs et cadres dirigeants aux clés de la préparation mentale.
Récemment, vous avez accompagné Charlie Dalin, vainqueur du Vendée Globe. La préparation mentale a-t-elle fait la différence dans sa victoire ?
Pour l'anecdote, Charlie Dalin était resté sur un échec qui l’avait beaucoup marqué lors de l’édition précédente. Il avait franchi la ligne d’arrivée en tête mais avec les bonifications des concurrents à la suite d’un sauvetage en mer, il avait perdu la course. Sur une navigation de plus de deux mois, il y avait juste deux heures d’écart entre lui et l’autre concurrent. Le but de notre collaboration a été d’aller chercher tous les détails où il pouvait gagner du temps : quelques minutes à gagner sur une manœuvre, un choix stratégique selon la météo, etc. Après ça, il avait une copie parfaite en tête. Psychologiquement, il était armé pour faire face à de nouvelles épreuves.
Le Vendée Globe est une course très particulière : aucune escale et aucune assistance. À terre, nous avons anticipé et travaillé tous les cas de figure qu’il pourrait rencontrer une fois en mer. Nous avons créé une boîte à outils, un petit fascicule si vous préférez, avec des procédures mentales à appliquer en fonction de chaque situation rencontrée. Il savait quelle procédure appliquer en cas de doutes, au moment où il rencontrerait une avarie ou un moment émotionnel difficile. Charlie avait placardé son fascicule au plafond de sa bannette - la couchette du bateau - comme cela il s’en imprégnait de façon non-consciente même en se relaxant. C’était une très belle collaboration et il a vraiment mis le paquet sur cette préparation mentale. De nos jours, le mental fait la différence, surtout sur des épreuves aussi longues qui durent deux mois.

“L'erreur commise est d’attendre qu’il y ait un problème pour travailler son mental”
“L'erreur commise est d’attendre qu’il y ait un problème pour travailler son mental”
Nous avons évoqué les sportifs de haut niveau. Qu’en est-il des cavaliers de club, en quoi est-ce important de leur ouvrir l’accès à la préparation mentale ?
Nous pouvons comparer la préparation mentale à la nutrition. Il n’y a pas que les sportifs de haut niveau qui surveillent leur nutrition pour réaliser une belle performance ! Au quotidien, on va essayer d’avoir des habitudes alimentaires permettant d’avoir un corps dans la meilleure énergie possible pour performer. C’est exactement la même chose avec le mental. Dans n’importe quelle compétition et même dans la vie de tous les jours, apprendre à optimiser son comportement est une vraie richesse : ne pas être sous la dictature de ses émotions, savoir les contrôler, prendre une décision constructive rapidement ou encore être capable de prendre sa juste place dans un groupe. Parfois, l’erreur commise par les sportifs est d’attendre qu’il y ait un problème pour travailler son mental. Les cavaliers peuvent tout à fait apprendre à optimiser leur comportement en prévention. Autant prendre de bonnes habitudes dès le début, elles serviront sur le long terme.
- Les premiers pas de la préparation mentale (accès réservé licenciés sur FFE Campus)
Aujourd’hui, vous avez réalisé une formation auprès des enseignants d’équitation au Parc équestre fédéral. Sur quoi avez-vous travaillé ?
L’objectif de ce stage était de leur donner des clés pour faire évoluer des comportements de façon à ce qu’ils soient optimums. Mais avant de travailler auprès de ses cavaliers, il faut d’abord commencer par travailler sur soi-même et son propre comportement. C’est un élément central pour comprendre que l’autre peut fonctionner d’une façon différente. À côté de ça, nous avons abordé les préférences motrices qui représentent un outil précieux d’accompagnement. Elles sont très importantes dans le sport, et je dirais même surtout en équitation car il y a un autre individu impliqué, le cheval, et lui aussi a ses préférences. Cette fusion entre les deux types de préférences va être très intéressante à étudier, cela va permettre de comprendre pourquoi un cavalier va bien fonctionner avec un cheval et pas avec un autre, etc. Le fait d’harmoniser ces deux préférences motrices va donner de belles clés de progression. Pour moi, se former sur la préparation mentale et sur les préférences motrices, pour maîtriser ces outils, sera essentiel à l’avenir pour les entraîneurs, coachs et moniteurs.
Ouvrir l’accès à la préparation mentale est un des objectifs de la FFE qui a créé le réseau Accompagnants en Psychologie du Sport et Préparation Mentale dont vous faites partie…
En créant le réseau des Accompagnants en Psychologie du Sport et Préparation Mentale (APSPM), la fédération s’est engagée dans une démarche de structuration du réseau des praticiens. Ce réseau est très important pour aiguiller les cavaliers et les établissements équestres vers des intervenants sérieux et de qualité. La préparation mentale est un accompagnement qui demande des compétences. Le réseau APSPM va permettre de trouver des intervenants à la fois par zone géographique et par spécialité. En effet, il existe des préparateurs mentaux spécialisés dans l’hypnose, la sophrologie, la psychologie, etc. Ce réseau permet de proposer des portes d'entrée qui vont répondre à des besoins spécifiques des cavaliers et des établissements équestres.
Jean-Pascal Cabrera en quelques mots
Jean-Pascal Cabrera en quelques mots
Intéressé depuis toujours par les aspects psychologiques de la performance, Jean-Pascal Cabrera est un ancien sportif de haut niveau en tennis. Préparateur mental, il a accompagné des équipes nationales et des athlètes internationaux dans leur préparation à des olympiades ou championnats du monde : planche à voile, athlétisme, équitation, etc. Intervenant au sein de la Fédération Française d'Équitation en tant qu'expert fédéral en préparation mentale pour la partie formation, il est membre du collectif APSPM pour la partie préparation mentale en compétition.