Le 8 février dernier à Bordeaux (33), à l’occasion de la finale de la Coupe du monde FEI d’attelage, présentée par la Laiterie de Montaigu, Benjamin Aillaud et son team ont pris une belle sixième place. Nous avons rencontré le meneur installé dans le Tarn-et-Garonne pour évoquer avec lui sa saison hivernale, les championnats du monde à venir ainsi que son rôle d’entraîneur national des Jeunes.
Vous avez obtenu de beaux résultats sur le circuit indoor FEI, avec une quatrième place à Lyon (69) puis un podium à Genève (SUI). Quel bilan tirez-vous de votre saison hivernale ?
J’ai été invité sur les deux étapes françaises et à Genève. Sur le circuit indoor, les chevaux poursuivent leur progression et gagnent en puissance. J’ai changé la conformation du team à Genève en intégrant Genio, qui était mon cinquième cheval. Il avait un peu de retard sur les autres et a très bien pris sa place. En 2024, on a terminé deuxième à Lyon puis quatrième l'année dernière. C'est toujours bien de se mettre en avant à la maison. Les choix montrent notre capacité à reproduire les résultats, de maintenir les chevaux à niveau, ce qui est génial car j’ai le même team en indoor que pour la saison extérieure.
Cette année, vous prenez part à votre septième finale de la Coupe du monde FEI, la quatrième consécutive pour votre team Fez, Fruto, Famoso, Fiasco et Genio. Que représente pour vous cet événement bordelais ?
Précédemment, j’ai terminé deuxième de la finale alors tenue à Leipzig (GER), puis j'étais parti vivre aux États-Unis. J'étais super content à mon retour en France de voir que cet événement était organisé à Bordeaux. En plus, c'est une épreuve qui est sponsorisée par la Laiterie de Montaigu, qui est mon partenaire, donc cela revêt une importance particulière. Grâce à leur équipe, composée de Julien Gonin, Camille Condé-Ferreira et François Tanguy, c’est une belle aventure. On mélange les disciplines et on partage beaucoup sur nos façons de faire. Il y a aussi du lien qui se fait au sein de l'entreprise. C'est un projet qui est à la fois équestre, humain et technique, vraiment passionnant, qui tient à cœur à Caroline Sablereau. De plus, le monde de l'entreprise a besoin d'aventures comme celle-là pour voir le management d’une autre façon. Le sport, lui, a besoin du monde de l'entreprise, à la fois pour se structurer davantage mais aussi pour générer d'autres formes de rentabilité. Il y a des choses à mettre en place, c'est un projet dans lequel j'essaie de m'investir au maximum.
L’année 2026 sera marquée par les championnats du monde à Aix-la-Chapelle. Avec quels chevaux ambitionnez-vous de participer et comment allez-vous vous préparer ?
Si je suis sélectionné, ce sera avec mon team habituel, car la relève est encore en construction. Je souhaite que ces championnats du monde soient le point culminant de la carrière sportive de Fez, Fruto, Famoso, Fiasco et Genio. À la suite, ils se concentreront certainement plus sur le circuit indoor. L'histoire de ces chevaux est particulière puisqu’ils ont participé à des spectacles équestre en liberté pendant plusieurs années et ont voyagé avec nous dans le monde entier. Dans la famille, ce sont des chevaux de cœur et nous avons fait le challenge d’en faire mes chevaux de Coupe du monde quand ils avaient 12 ans. Ils étaient gentiment attelés à la maison mais pas du tout pour le sport. Leur entraînement, au quotidien, est très varié et permet de faire des va-et-vient entre les différentes disciplines. Ce sont de tout petits chevaux, des Minimoys je dis souvent, avec un cœur énorme. En les écoutant et en leur apportant du plaisir, ils continuent à performer.
En compétition indoor comme extérieure, il faut des chevaux dressés. Pour la saison extérieure, il faut des chevaux souples, élégants, puissants, rapides et expressifs pour le dressage. Et en indoor, il faut qu'ils soient rapides. Mais de la vitesse sans souplesse, cela n'existe pas vraiment ; penser que préparer des chevaux pour l’indoor se fait juste en mettant de la vitesse, c'est un chemin qui ne m'intéresse pas vraiment. J’essaye de leur donner la préparation la plus complète possible. Et de plus en plus, par expérience, la préparation pour les concours indoor et extérieurs se ressemblent. Les entraîner avec cette culture de l’indoor leur donne de la puissance sur les trois tests.
“J'affectionne particulièrement cette aventure avec les Jeunes”
Contrairement aux Mondiaux de 2022 - où les épreuves d’attelage se tenaient à Pratoni del Vivaro (ITA) après celles de complet, quand le saut d’obstacles, le dressage, le para-dressage et la voltige se jouaient à Herning (DEN) - ceux de cette année accueillent six disciplines sur deux semaines sur un terrain mythique. En quoi l’émulation de l’équipe de France participe à la performance ?
J’ai vécu mes premiers Jeux mondiaux en 2006 à Aix-la-Chapelle. L’équipe de France avait terminé dixième. Je l'avais vécu comme un moment de sport unique, justement car toutes les disciplines étaient ensemble. J'ai vraiment hâte de retrouver ces sensations. On va s'y préparer le plus précisément possible pour amener les chevaux au top de leur état de forme afin d’obtenir le meilleur résultat collectif possible. Ce ne sont pas des chevaux qui peuvent obtenir une médaille en individuel mais ils ont la capacité d’aider en équipe. De plus, avoir tout ce collectif France derrière soi, c'est génial. On s'appelle, on s'encourage, on suit les autres disciplines. C’est juste exceptionnel de rencontrer autant de passionnés, cela donne des échanges intéressants. Cette transversalité est porteuse de richesse et j'ai l’impression qu’elle est de plus en plus cultivée par la Fédération. C'est une grande chance et le début d'une grande évolution qui va apporter beaucoup de clés et de réponses dans le monde du sport.
Vous formez de nouveau team de juments. Que pouvez-vous nous en dire et quels sont vos objectifs avec elles ?
Ce sont des juments, demi-sœurs par le père, qui viennent de l'élevage portugais Plus, qui a produit Zonik Plus, champion d'Europe de dressage. Je les ai trouvées par l'intermédiaire d’Olivier Arnal, que j’apprécie beaucoup. Elles prendront six ans au printemps et sont beaucoup plus grandes que mes chevaux actuels, au moins dix centimètres de plus. Je prends mon temps pour les éduquer montées pour construire les choses très proprement. Elles ont beaucoup d’expression et une bonne qualité d’allure. Il faut aussi attendre qu’elles soient matures physiquement, c’est important pour moi d’avoir des bases solides. Pour l'instant, on s'occupe d’en faire une vraie équipe de copines et de créer les bons groupes. C’est un travail que l’on bâti pas à pas, qu’elles prennent confiance. Par ailleurs, une des spécificités de l'attelage est que les chevaux sont amenés à avoir des contacts les uns avec les autres. Les juments sont un peu sensibles, donc il faut faire très attention à la façon de leur apprendre leur métier. Cette année elles vont sortir en France sur des petites épreuves pour commencer à prendre de l’expérience.
Vous êtes notamment l’entraîneur national des jeunes meneurs. Pouvez-vous faire un point d’étape sur leur travail d’hiver et le déroulé de leur saison ? Quels sont vos objectifs principaux avec les jeunes meneurs cette année ?
On a trois catégories Jeunes avec des meneurs âgés de douze à vingt-cinq ans. Dans chaque catégorie, deux attelages composent l’équipe de France, soit six meneurs, et on en compte encore six autres qui concourent en individuel. Mes enfants sont chez les Jeunes, ce qui facilite mon organisation. C’est une période fondamentale dans l'apprentissage. J'affectionne particulièrement cette aventure qui me permet de participer à l'évolution et au développement de ma discipline. J’ai la volonté de promouvoir des valeurs sportives, collectives et c'est un projet passionnant.
Nous avons eu deux stages de préparation cet hiver puis nous aurons plusieurs rendez-vous principaux - Kronenberg (NED), Saumur (49), Sélestat (67), le Haras du Pin (61) - jusqu’aux championnats d'Europe, du 12 au 15 août en Roumanie, qui sont l’objectif de la saison. Ils seront juste avant les Mondiaux, ce qui va me demander une sacrée organisation. Nous avons la volonté de réaliser une belle préparation avec un suivi longitudinal des poneys et des chevaux sérieux. Spécifiquement à ces âges-là, il faut réussir à mettre en place un système dans lequel les jeunes trouvent une routine qui les rassure afin qu’ils arrivent aux championnats avec le plein de confiance.
Cela fait six ans que j'entraîne l'équipe de France ; il y a juste un championnat où nous sommes rentrés sans médaille. La nouvelle génération est de mieux en mieux équipée en termes de poneys et de chevaux. L’accompagnement de la Fédération se renforce également dans la préparation tandis que les jeunes entrent de plus en plus vite dans des systèmes similaires à ceux des Seniors. La professionnalisation arrive de plus en plus tôt, ce qui est une bonne chose pour acquérir de bons réflexes. Cela fait gagner beaucoup de temps pour la suite. Mon but est vraiment d’accompagner au mieux ces jeunes meneurs pour qu’ils deviennent de beaux sportifs.