Quatre Français figurent dans la liste des “officiels clés” pour les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle 2026, diffusée mi-novembre par la Fédération équestre internationale (FEI) : Anne Prain, Martine Fournaise, Patrice Alvado et Thierry Grisard. Ces nominations sont une reconnaissance du savoir-faire français et du travail conduit quotidiennement par la Fédération Française d’Équitation pour former les officiels de compétition et les accompagner jusqu’aux plus hauts niveaux internationaux.
Quatre Français parmi les officiels à Aix-la-Chapelle
Du 11 au 23 août 2026, tous les regards seront tournés vers Aix-la-Chapelle, en Allemagne. En effet, c’est outre-Rhin que se tiendront les championnats du monde dans toutes les disciplines FEI, à l’exception de ceux d’endurance qui se joueront à Al-Ula (KSA) en novembre. Si naturellement, les athlètes humains comme équins seront sous le feu des projecteurs, de nombreux acteurs sont mobilisés pour faire de cette grande fête un succès sportif. Parmi eux, les officiels de compétition, qui œuvrent au respect de l’intégrité sportive et sont les garants du bien-être équin.
Sur la liste de soixante-trois “officiels clés” éditée par la Fédération équestre internationale (FEI) figurent quatre Français :
Des officiels de compétition soutenus par la Fédération Française d’Équitation
Les officiels de compétition, formés dans un premier temps via les Comités régionaux d'équitation puis par la FFE, disposent d’un cursus fédéral de formation qui leur permet de progresser et franchir les étapes des premiers niveaux jusqu’au plus haut niveau international. Une évolution soutenue dans son ensemble par la Fédération Française d’Équitation, qui coordonne en direct la formation de plus de 500 officiels de compétition selon quatre schémas :
Le travail mené auprès des officiels de compétition (ODC) a permis à 15 078 ODC d’acquérir ou maintenir un statut dont 920 de niveau international. En 2025, la FFE a formé 461 personnes au travers de 17 formations nationales et 202 personnes au travers de 11 formations FEI.
Le rôle des formateurs et des officiels expérimentés est également à souligner tant ils sont clés pour permettre aux ODC de développer leurs compétences lors de ces formations fédérales mais aussi lors de concours au travers de formations pratiques en situation de compétition. Cette indispensable expérience de terrain est ensuite renforcée tout au long de la carrière des officiels qui bénéficient du nombre conséquent de concours inscrits au calendrier fédéral.
Patrice Alvado, président du jury en saut d’obstacles
Professeur d’anglais, Patrice Alvado sillonne l’Hexagone depuis plus d’une vingtaine d'années, et le monde depuis plus d’une décennie, pour officier sur les plus beaux terrains de concours. L’an passé, il était juge aux Jeux olympiques de Paris 2024. Investi dans son rôle d’officiel de compétition et de formateur auprès de ses pairs, ce sera en tant que président du jury que l’Occitan vivra les championnats du monde de saut d’obstacles 2026.
Le rôle de président du jury
“Le président de jury est avant tout un juge et à ce titre, il assure toutes les missions relatives à sa fonction. Cela passe par les inspections des chevaux avec la commission vétérinaire pour s'assurer du bon état de forme physique des chevaux à participer tout au long du championnat, la tenue de réunions techniques avec les chefs d'équipes, la reconnaissance des parcours avec le chef de piste et le délégué technique et le jugement technique des épreuves avec les membres du jury (assesseurs). Ensemble, ces derniers prennent toutes les décisions en application des règlements. C'est pourquoi l'une des principales qualités d'un président du jury est son rôle de fédérateur. Il doit coordonner le travail de toute une équipe. Il faut également être rigoureux et avoir une très bonne maîtrise des différents règlements.”
Le mot de Patrice Alvado
“Avoir été nommé président du jury des championnats du monde de saut d'obstacles est un grand honneur pour moi car cela signifie que la FEI me renouvelle sa confiance. Au-delà de cela, le fait que la FEI nomme régulièrement des officiels de compétitions français à des postes clés sur des événements majeurs montre à quel point le niveau des officiels en France est de grande qualité grâce à leur engagement personnel, la qualité de la formation et le dynamisme de nos compétitions. Par ailleurs, j'ai conscience qu'assurer la présidence du jury d'un tel événement est une très grande responsabilité. C'est pourquoi nous aurons des réunions préparatoires avec mon équipe comme ce fut le cas pour préparer les Jeux olympiques de Paris 2024. Enfin, je suis vraiment impatient de voir du très beau sport sur le terrain mythique d'Aix-la-Chapelle.”
Anne Prain, membre du jury en para-dressage
Figure incontournable des terrains de para-dressage, tant sur la scène nationale qu’internationale, très investie pour le développement de la discipline, la Française Anne Prain sera membre du jury pendant ces Mondiaux. Juge FEI de para-dressage depuis 2001, aujourd’hui Level 4, elle était la présidente du jury lors des Jeux paralympiques de Paris 2024. Elle a officié lors de tous les championnats du monde depuis 2003.
Le rôle du juge
En para-dressage, six juges composent le jury. À Aix-la-Chapelle, il sera présidé par l’Allemand Marco Orsini. “Le rôle principal du juge va être, dans les reprises jugées, d’évaluer l’exécution des mouvements, figure par figure. Cette évaluation, réalisée selon les règlements de la FEI, va conduire à des notes, étayées de commentaires précis permettant au cavalier de comprendre cette évaluation et de l’orienter dans sa présentation. Le total de ses notes, comme celui de ses collègues juges, participe au classement des concurrents. Pendant toute la compétition, le juge doit bien avoir conscience qu’il fait partie d’une équipe : il doit rester attentif aux directives du Président de jury, rester solidaire et respectueux de ses collègues, et ouvert à la discussion tant avec son équipe qu’avec les compétiteurs, les chefs d’équipe et tous les autres techniciens de la compétition”, présente Anne Prain.
Le mot d’Anne Prain
“Cette nomination représente une reconnaissance de tout le travail réalisé depuis ma nomination de juge international de para-dressage. Je suis à la fois heureuse et très honorée de cette nomination mais également inquiète de l’absence d’une relève suffisante. Peu de juges de dressage sont intéressés par le para-dressage, considéré souvent comme une discipline peu intéressante et peu valorisante. C’est pourtant dans cette discipline que j’ai pu juger les reprises les plus harmonieuses et les plus émouvantes où cavalier et cheval sont totalement à l’écoute l’un de l’autre. Aix-la-Chapelle est connue pour être le « Temple du dressage » et être invitée à juger là-bas semble incroyable. Après la formidable et exceptionnelle aventure des Jeux paralympiques à Versailles en 2024, ces Mondiaux devraient être également un moment inoubliable. En para-dressage, on peut s’attendre à bien des surprises. Les meilleurs couples peuvent faire des contre-performances, les moins connus peuvent réaliser la reprise de leur vie et cela peut changer d’un jour à l’autre. Et c’est là le rôle le plus important du juge : juger vraiment ce que l’on voit, ce jour-ci, ce cheval, sous l’influence de ce cavalier, à cette heure-ci.”
Martine Fournaise, membre du jury en voltige
Au sein d’un jury présidé par l’Allemande Ute Schoenian, Martine Fournaise officiera pour la troisième fois lors d’une échéance mondiale sur le format des Jeux équestres mondiaux. Professeur d’EPS, elle découvre la voltige lors d’un stage d’équitation. Cette discipline, qui réunit trois univers sportifs qui lui sont chers - l’équitation, la danse et la gymnastique - s’impose comme une évidence. Séduite par la richesse pédagogique et artistique de cette discipline alors naissante, elle s’investit tout naturellement au sein de son club comme entraîneure. Une rencontre s’avère déterminante dans son parcours : Jean Michel Poisson, figure du Cadre noir de Saumur, qui l’initie au monde du jugement. C’est le début d’un engagement de plusieurs décennies au service de la voltige, discipline qui la voit devenir juge nationale dans les années 90. Depuis 2002, elle officie à l’international et a, depuis, participé à de nombreux CVI, ainsi qu’une douzaine de championnats et de Coupe du monde FEI depuis 2007. Un parcours marqué par de la constance, beaucoup de passion et d’exigence.
Le jugement en voltige
“La voltige est une discipline appréciée ; le jugement, en championnat, repose sur un panel de huit juges, chacun chargé d’une tâche différente qui change après chaque test. Les notes attribuées évaluent le cheval, l’aspect artistique et l’aspect technique incluant la difficulté et l’exécution du voltigeur. Depuis trois ans, une note spécifique valorise la prise en compte du cheval par le(s) voltigeur(s), renforçant ainsi la place centrale et son bien-être dans la performance.”
Le mot de Martine Fournaise
“Participer une nouvelle fois aux Mondiaux est un véritable honneur. Au sein du collège de juges, la mission est claire : offrir un jugement objectif, impartial et rigoureux dans le respect total du règlement FEI. Ce que je souhaite avant tout, c’est voir des prestations de haut niveau, de l’émotion partagée entre les sportifs et le public et surtout un respect absolu du cheval, partenaire indispensable de la discipline. Après plus de vingt années d’expérience internationale, j’ai pu observer de profondes transformations : des chevaux devenus de véritables athlètes, une reconnaissance accrue du rôle du longeur, un matériel innovant comme les tapis conçus pour absorber et répartir les pressions exercées sur le cheval, l’apparition d’outils d'entraînement comme le « Movie » et le « Round Lauf », des récents travaux de recherche (FEI, avec la collaboration de l’IFCE et de la FFE ) notamment sur les enrênements permettant de guider l’évolution de la discipline tout en plaçant le bien-être du cheval au premier plan. La voltige a su se « moderniser » sans perdre son identité.”
Dr Thierry Grisard, vétérinaire délégué
Pour chaque semaine de compétition, un vétérinaire délégué a été nommé, accompagné de trois vétérinaires qui composent la commission vétérinaire. Pour les épreuves de saut d’obstacles, para-dressage et d’attelage, Thierry Grisard endossera le rôle de vétérinaire délégué de la FEI. Cavalier depuis sa plus tendre enfance, notamment en concours complet, il est diplômé de l'École Nationale Vétérinaire de Lyon. Installé dans l’Ain depuis 1990, il a cofondé il y a vingt-cinq ans la Clinique Champ du Perier à Neyron. Il officie pour la FEI depuis 1993, a présidé la commission vétérinaire lors des JO de Paris 2024, et pris part à de multiples finales de la Coupe du monde ainsi qu’aux Jeux équestres mondiaux de Caen en 2014.
Le rôle du vétérinaire délégué à la FEI
“Notre rôle est d’abord de garantir le bien-être des chevaux puis, ensuite, de garantir l’équité du sport. Le vétérinaire s’assure de la bonne santé des chevaux et du respect des obligations sanitaires édictées par la FEI. Lors des inspections des chevaux, avant le début des compétitions et avant les finales, nous vérifions principalement l’appareil locomoteur, mais aussi l’absence de maladie respiratoire, de spasme, de problèmes digestifs ou cutanés. Ensuite, en amont de la compétition, il a un rôle de supervision concernant l’accidentologie, puis de gestion de cette dernière si le cas se présente pendant les compétitions : retour en compétition des chevaux, vérification du respect des règlements.”
Le mot de Thierry Grisard
“C’est toujours gratifiant, et un honneur, d’être nommé pour ces événements d’envergure. Ce sont beaucoup de responsabilités mais aussi la reconnaissance de mon parcours. Cependant, je dois dire qu’il y a moins de charges en amont de la compétition en tant que vétérinaire délégué étranger que lorsqu’on est président de la commission vétérinaire. En effet, on est moins impliqué dans le processus de planification, mais c’est très enrichissant de pouvoir se nourrir du fonctionnement des différents pays étrangers : les organisateurs à Aix-la-Chapelle sont bien rodés et l’organisation pas forcément la même que celle que nous connaissons en France. Cela devraient être de très beaux championnats, le site est un écrin magnifique. Le stade de la Soers est unique et le public gigantesque. Faire partie d’un événement comme celui, pouvoir participer au plus haut niveau, c’est du bonheur pour les passionnés de sport que nous sommes. Avoir la gestion des chevaux et collaborer avec les vétérinaires d’équipe lors des grands championnats engendre plus de pression, mais l’âge et l’expérience aidant, j’y suis moins sensible avec le temps. En l’ayant déjà vécu, je suis plus armé. Enfin, il est pour moi essentiel de garder en tête que le bien-être du cheval passe avant tout, et de faire perdurer les évolutions positives observées lors des récents grands championnats comme par exemple la création du rôle de “welfare coordinator” occupé par Richard Corde lors des Jeux de Paris 2024.”